DR No96 • Janvier 2011 • [web]
Le Parti communiste révolutionnaire (PCR) a rassemblé des militantes et militants enthousiastes le samedi 11 décembre dernier à Toronto, à l’occasion du second Congrès révolutionnaire canadien.
Ce rassemblement initié par le PCR invitait les participantes et participants à discuter et adopter des perspectives concrètes, offensives et unitaires, afin de développer un travail révolutionnaire et communiste à l’échelle du Canada. C’est dans une ambiance fraternelle et enthousiaste que ce deuxième congrès a réuni des participantEs de Toronto et de sa grande région, d’Ottawa, ainsi que de plusieurs régions du Québec. Bien que concentrée en Ontario, il s’agissait néanmoins d’une percée significative dans l’organisation des forces révolutionnaires au pays. En plus d’individus inorganisés et des camarades liéEs au PCR, des militantes et militants déjà actifs dans des organisations d’extrême gauche – notamment des partisans du collectif Revolutionary Initiative, ainsi que plusieurs militantEs du Social Revolution Party basé à Ottawa, y ont participé.
Pour le PCR, le fait que des perspectives et des actions unitaires aient été adoptées constitue une avancée fort positive. L’aspect le plus frappant de la journée fut sans contredit cette volonté largement partagée d’agir et de mettre la lutte révolutionnaire de l’avant, plutôt que de se contenter de la petite routine habituelle. En cette période de crise du capitalisme et d’attaques de la bourgeoisie contre le prolétariat, le mouvement spontané ne suffit pas, les paroles ne suffisent pas et le système bourgeois, pas plus que sa fausse démocratie, ne pourra jamais libérer le prolétariat de l’exploitation et de l’injustice capitalistes; ce pour quoi il nous faut relancer une «nouvelle lutte des classes au Canada». Tel était, en partie du moins, le sens des discussions et des propositions adoptées.
La journée a commencé avec une présentation d’une camarade du PCR sous ce thème de la nouvelle lutte des classes. Celle-ci a d’abord souligné le caractère historique de la journée, «parce qu’on se réunit aujourd’hui, non pas uniquement pour résister au capitalisme, mais parce que nous partageons la même volonté de le transformer et de changer ce système exploiteur par la révolution et le communisme». Elle a salué le fait que «nous sommes ici avec des expériences différentes, que ce soit dans une organisation politique, au sein des mouvements populaires ou étudiants, dans les syndicats, avec les sans-emplois ou les immigrantEs, les groupes de femmes, les autochtones, etc. Mais en même temps, cherchant ensemble à unir nos forces pour une lutte bien plus difficile et bien plus importante: la lutte pour unifier les forces les plus conscientes de la classe ouvrière, parmi toutes les forces liées au prolétariat et en lien avec les nations autochtones, pour transformer radicalement cette so-ciété, combattre le capitalisme, combattre la bourgeoisie, et en finir avec ce système soi-disant démocratique par la révolution et le communisme.»
Citant différents exemples de ce que peut perpétrer l’État bourgeois canadien se vantant si souvent d’être «démocratique», la camarade a rappelé le sort réservé au jeune Omar Khadr, prisonnier à Guantanamo depuis l’âge de 15 ans et condamné par l’État américain avec la complicité du Canada; la présence de l’armée canadienne en Afghanistan, qui sera prolongée par les conservateurs jusqu’en 2013, brisant ainsi avec un vote du Parlement; le traitement réservé aux Autochtones depuis toujours par la bourgeoisie canadienne (invasion par l’armée canadienne avec la crise d’Oka en 1990, harcèlement de la police ontarienne contre Shawn Brant et les Mohawks de Tyendinaga qui dure depuis des années…). Elle a évoqué le sort réservé aux 400 réfugiéEs arrivéEs du Sri Lanka en août dernier et traitéEs comme s’ils étaient des terroristes par le gouvernement canadien, «alors qu’ils espéraient compassion et sécurité auprès de ce fameux État démocratique…». Elle n’a pas manqué de rappeler enfin comment la police ontarienne a arrêté et détenu plus de mille manifestantEs à Toronto, «sans accusations et dans des conditions indignes de cette supposée “démocratie” canadienne à l’occasion du G20 en juin dernier».
Par ces exemples, a-t-elle affirmé, «nous savons tous que cet État et ce système appartiennent et sont dirigés par une classe, bien minoritaire. Nous savons que nous n’apparte-nons pas à ce système. Nous n’appartenons pas à cette classe d’exploiteurs, à cette classe de menteurs. Ce que nous voulons tous, c’est lutter pour une nouvelle société, libre de toute exploitation, de toute oppression, sans racisme et sans injustices; une société sans classes, fondée sur l’égalité et la justice pour le prolétariat et qui assurera à chacun une vie décente. Cette société, c’est le communisme. Et nous devons le dire et le répandre haut et fort!»
Reprenant un des éléments de la déclaration du PCR, elle a rappelé «qu’on se réunit pour enfin remplir un fossé: celui qui s’est creusé entre la théorie et la pratique révolutionnaires. Trop souvent dans le passé on a séparé les mots communistes de la pratique communiste. Comment peut-on appeler à faire la révolution et à détruire le système et en même temps, se soumettre dans les faits et dans la lutte, aux règles fixées par la bourgeoisie? Est-ce à dire qu’à chaque nouvelle loi visant à nous réprimer, nous allons reculer dans les moyens à prendre pour se défen-dre? La première chose à faire pour prendre le chemin pratique de la révolution, c’est d’abord de briser avec cette soumission au cadre que nous impose la bourgeoisie. Il n’y a pas de meilleure façon de commen-cer à parler aux masses de révolution aujourd’hui, qu’en appelant au boycott des élections. C’est un exemple parmi d’autres de propositions de mot d’ordre et d’action pour relancer une nouvelle lutte des classes au Canada. La tenue de manifestations ouvertement révolutionnaires le 1er Mai, tant à Montréal qu’à Toronto et partout où cela est possible, en est aussi un exemple, tout comme le soutien actif aux guerres populaires dans le monde.»
En appelant les révolutionnaires ou les militantEs isoléEs dans leur quartier, leur ville ou leur province à s’organiser en lien avec le PCR dans des comités prolétariens d’action révolutionnaire pour propager des mots d’ordre et des actions contre le capitalisme, la camarade a conclu en exprimant «l’espoir que ce congrès signifiera un bond en avant dans la lutte pour unifier toutes les forces qui veulent la révolution, qui veulent dépasser les mots et enfin transformer la réalité».
Les participantEs ont ensuite discuté du contenu de la déclaration et des propositions publiées par le PCR pour l’occasion et diffusées quelques semaines avant le congrès, sous le titre de «Le mouvement prolétarien dont nous avons besoin». Le journal Le Drapeau rouge l’a reproduit dans son édition datée novembre-décembre 2010.
Ce document rappelait d’abord que la crise actuelle, loin d’être un mauvais moment provoqué par la crise immobilière américaine, repré-sente en fait une rupture de l’équilibre fragile et instable du monde capitaliste. Que cette rupture ouvre une période de désordres et de turbulences qui ne s’arrêtera pas. Que les bourgeoisies dans chaque pays «riche» ou impérialiste – et cela comprend le Canada! – sont à l’offensive pour attaquer les droits et les conditions de vie du prolétariat, histoire de maintenir leur taux de profit. Que contrairement à ce que les capitalistes canadiens veulent nous faire croire, ils figurent au sommet comme exploiteurs des ressources humaines et naturelles mondiales, possèdent des multinationales et concentrent des sommes colossales en capital d’investissement.
Face à cette offensive bourgeoise dans la lutte des classes, la gauche canadienne, la réformiste comme la plus radicale, s’est révélée incapable de contre-attaquer et d’organiser une lutte offensive et victorieuse pour les prolétaires. Marquée par le nationalisme bourgeois, la gauche canadienne s’est positionnée comme un auxiliaire de l’impérialisme canadien, un travers qui trouve son pendant au Québec avec le PQ, le projet d’indépendance et la collaboration avec le «Québec inc.».
Les participantEs se sont largement ralliéEs autour de cette analyse, de l’échec de la «gauche» canadienne réformiste, au cul-de-sac que constituent le parlementarisme et les élections.
L’après-midi s’est ensuite ouvert sur une présentation d’un camarade portant sur le nouveau mouvement prolétarien à construire. Dans la discussion qui a suivi, plusieurs militantEs du PCR, actifs dans différents milieux, ont témoigné d’expériences nouvelles allant dans le sens de construire un tel mouvement. Pour certaines, ce furent des campagnes et des actions réalisées, par exemple, contre le recrutement par l’armée canadienne des jeunes prolétaires pauvres dans leur région. D’autres ont rapporté le travail effectué par le Mouvement étudiant révolutionnaire (MER-PCR) ou en-core, celui du Front féministe prolétarien révolutionnaire à l’occasion du centenaire de la Journée internationale des femmes. Enfin, un camarade de Montréal a présenté les perspectives pour développer le Mouvement révolutionnaire ouvrier parmi les travailleurs et travailleuses.
Avant de débattre des propositions, un autre camarade a présenté un survol du mouvement communiste international actuel et des différentes perspectives ouvertes par les guerres populaires contemporaines au Népal, en Inde et aux Philippines et dirigées par des partis maoïstes. Il a notamment souligné à quel point ces exemples montrent la voie et ont imposé par l’exemple leur leadership dans le mouvement révolutionnaire international. Comme le concluait le camarade, «il faut soutenir ces révolutions et suivre leur exemple!»
Bien que les discussions tout au cours de la journée en aient largement fait mention, c’est dans la dernière partie de la journée que les militantEs ont débattu des propositions soumises dans le document. Les participantes et participants ont appuyé sans réserve la campagne de boycott des prochaines élections fédérales. Un boycott actif bien sûr, dans la mesure où tous et toutes reconnaissent qu’il existe un fort sentiment, bien présent dans le prolétariat, de défaitisme et de scepticisme – c’est le moins qu’on puisse dire! – à l’égard des partis politiques actuels, tous plus interchangeables les uns que les autres. La majorité des interventions ont permis de souligner, au-delà du mot d’ordre, la nécessité de le propager activement.
L’appel «à des manifestations révolutionnaires du 1er Mai à Montréal et Toronto en 2011» a ouvert d’excellentes discussions, particulièrement avec les militantEs de Toronto. Ces discussions portaient notamment sur les deux manifestations distinctes qui s’y sont tenues l’an dernier, et sur les relations avec le milieu anarchiste. Avec raison, un camarade du Québec a souligné les expériences de manifestations tenues à Montréal «où à tout prendre, il est bien mieux de se lier dans l’action avec des anarchistes qui veulent changer le système, qu’avec des révisionnistes se proclamant révolutionnaires, mais refusant d’agir en conséquence». Après une franche discussion, dans laquelle les partisans du collectif Revolutionary Initiative ont exprimé leurs réticences quant à sa faisabilité, la proposition a finalement rallié avec enthousiasme la totalité de l’assemblée. Les camarades d’Ottawa ont même fait ajouter qu’une telle manifestation révolutionnaire soit également appelée dans leur ville.
Quant à la proposition appelant à «faire du Drapeau rouge une publication pancanadienne dont le but est de propager le communisme et la révolution prolétarienne partout au pays», elle a rallié la majorité de l’assemblée, bien que les organisations politiques présentes autres que le PCR aient préféré s’abstenir. Le congrès a par ailleurs voté l’organisation d’une journée de formation à Ottawa pour présenter le journal et la nécessité de se doter d’un tel outil de propagande révolutionnaire.
Enfin, l’appel à former des comités prolétariens d’action révolutionnaire a lui aussi rallié l’ensemble de l’assemblée. Si le principe a rallié tout le monde, le véritable défi sera, au cours des semaines et mois à venir, d’en faire une réalité et de constituer ces comités dans le plus de villes et de régions possible et qui seront, comme le dit la déclaration, «l’embryon d’un nouveau mouvement prolétarien qui se déploiera dans différents milieux, auprès des jeunes, des femmes, des ouvriers et ouvrières de toute origine.»
La tenue d’un tel rassemblement, visant à organiser et propager des actions qui viseront l’ensemble du Canada et qui se réclameront de la révolution et du communisme, est en soi un moment historique. On n’aura pas vu cela depuis la fin des organisations marxistes-léninistes au début des années 1980. Pour le moment, il s’agit essentiellement de l’Ontario et du Québec, mais l’objectif de propager les campagnes et mots d’ordre à l’ensemble du Canada fut largement partagé par l’ensemble des participantes et participants. Une proposition venue de la salle en conclusion de l’événement a d’ailleurs été adoptée, voulant que le PCR organise un troisième CRC dans deux ans, soit à Winnipeg ou dans les Maritimes, selon la conjoncture et les développements de la lutte au pays. Un signe manifeste de l’esprit combatif et révolutionnaire qui régnait à Toronto lors de ce congrès de décembre. Souhaitons qu’il nous accompagne tout au long de l’année 2011!
Carmen Sicard
